Groupe d'étude - Histoire de la formation des adultes 

Hommage à Bertrand Schwartz (1919-2016)

 

 

Avec la disparition de Bertrand Schwartz, samedi 30 juillet 2016, c’est une page de l’histoire de la formation des adultes qui se tourne.

Ce qui a frappé tous ceux et toutes celles qui l’ont un jour rencontré, c’est sa formidable force de conviction et son refus d’accepter que les situations insatisfaisantes restent en l’état.

Des multiples facettes de cette personnalité hors norme et de ses nombreux engagements, nous retiendrons ici la période de sa vie qu’il a consacrée au développement de l’éducation permanente, en tant que directeur du « Cuces-Infa » (ou Complexe de Nancy).

Quand, en 1960, il devient directeur du Centre universitaire de coopération économique et sociale (Cuces), et qu’il décrète la « mobilisation générale pour l’instruction générale », il jette les premières lignes d’un vaste projet d’institutionnalisation de la formation des adultes.

 

En sachant s’entourer de personnes aux compétences variées, des jeunes pour la plupart à qui il confie des missions inédites, il va déployer ce projet dans toutes ses dimensions dans les 15 années qui suivent. Cela passe par la création d’institutions ad hoc, comme l’Institut national pour la formation des adultes (Infa, 1963) et par des innovations : réforme des cours de promotion sociale, actions de formation en entreprises, actions collectives de formation dans les bassins miniers de Lorraine… Les méthodes allient observation, recherche, discussion collective et formation de formateurs. Dans les actions mises en œuvre, les modèles de la « démultiplication de la formation » (1 qui forme 10 qui forment 100), de l’éducation mutuelle, de l’alternance y sont largement mis en œuvre. Bertrand Schwartz suit de près ces réalisations, cherchant continuellement à apporter de nouvelles réponses à la question suivante : « comment former autrement ? ». Il s’intéressera ainsi particulièrement aux recherches sur les représentations en tant qu’obstacles à l’acquisition de connaissances, puis à la pédagogie par objectifs, à celle des dysfonctionnements...

Tout au long des années 1960, Bertrand Schwartz et ses différentes équipes du Cuces-Infa travaillent à développer l’éducation permanente, conçue comme un levier pour changer l’école, l’entreprise, les mentalités, les rapports sociaux..., et cherchent un moyen de l’installer durablement à travers la mise en place d’un système cohérent.

Quand, après mai-1968, Bertrand Schwartz rejoint le cabinet d’Edgar Faure au ministère de l’Éducation nationale, il pense pouvoir faire aboutir le projet longuement réfléchi des Aurefa (Associations universitaires régionales d’éducation et de formation des adultes) pour étendre l’expérience du Cuces-Infa à toutes les régions françaises. Mais, pour différentes raisons conjoncturelles et bien qu’un arrêté les crée officiellement en juin 1969, celles-ci ne verront jamais le jour. C’est un tout autre modèle qui sera choisi pour le développement de la formation, 3 ans plus tard, avec la loi de 1971 sur la formation professionnelle continue.

Schwartz est ensuite nommé par Olivier Guichard conseiller à l’Éducation permanente, poste créé pour lui, en juin 1969. Il abandonne la direction de l’Infa, que reprendra Marcel Lesne, mais garde provisoirement celle du Cuces. En parallèle, il dirige le Projet Éducation Permanente du Conseil de l’Europe et travaille sur une prospective en matière d’éducation qui donnera lieu à publication[1]. Il quitte Nancy en même temps que la direction de l’Institut Cuces en janvier 1972 pour s’installer à Paris. Il est alors à temps plein au ministère. Mais le ministre ne porte que peu d’intérêt à ses analyses et à ses recommandations jugées trop ouvertement sociales[2]. En 1973 pourtant le ministre Fontanet lui demande de préparer un projet de réforme de tout le système éducatif intégrant les idées d’éducation permanente mais dont l’Élysée ne voudra pas. Il quitte le ministère en 1974 pour entrer comme professeur de sciences de l’éducation à Paris Dauphine et devient conseiller des universités pour la formation des adultes.

Dans les années qui suivent, son engagement se poursuivra sur d’autres fronts pour l’insertion sociale et professionnelle des jeunes (les missions locales, l’opération « nouvelles qualifications », l’association Moderniser sans exclure…).

Bertrand Schwartz était présent, au 6e séminaire du Gehfa du 27 avril 1998, consacré au Complexe de Nancy. C’était, quelques mois avant sa soutenance, une présentation de ma thèse sur le Cuces/Acuces-Infa[3]. Plusieurs anciens cadres des institutions nancéiennes étaient également présents et avaient pu réagir à cet exposé.

Par la suite, les routes de Bertrand Schwartz et du Gehfa se sont régulièrement croisées, notamment quand il a été question de la préservation de ses archives.

Les membres du Conseil d’administration du Gehfa reconnaissent en lui un acteur majeur de l’histoire de la formation des adultes et saluent sa mémoire.

 

La prochaine lettre du Gehfa (hisfora) sera consacrée à un hommage à Bertrand Schwartz. Nous vous ouvrons ses colonnes. Si vous avez croisé Bertrand Schwartz, soit directement, soit, par exemple, à travers l'une de ses actions, nous vous invitons à rédiger et à nous envoyer quelques lignes qui racontent cette rencontre.

Merci d'adresser vos textes à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. avant le 25 septembre pour qu'ils puissent être publiés dans hisfora n° 45 d'octobre 2016

 

Françoise F. Laot
Présidente du Gehfa

 



[1] Janne H. et Schwartz B., 1976, Le développement européen de l’Éducation Permanente, Commission des communautés européennes, Luxembourg : office des publications officielles des communautés européennes.

[2] Biographie de Bertrand Schwartz par Christian Nique, in Dictionnaire Encyclopédique de l’éducation et de la formation, 1994, p. 893-897.

[3] Laot F. F. La formation des adultes. Histoire d’une utopie en acte. Le Complexe de Nancy, Paris, l’Harmattan, 1999, ouvrage tiré de la thèse soutenue l'année précédente : Fréchet-Laot F., 1998, Contribution à l'histoire des institutions d'éducation des adultes, le Complexe de Nancy (Cuces/Acuces-Infa), 1954-1973. Thèse de sciences de l'éducation, sous la direction de Jacky Beillerot, Université de Paris X-Nanterre.


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